Pour les professionnels

« Il n’y a pas de formation type d’accueillant, mais il n’y a pas d’accueillant sans formation. » – Françoise Dolto

La pratique des professionnels nécessite d’être soutenue par une élaboration théorique. L’équipe de l’IRAEC propose plusieurs modes de formation.

Ces formations se déroulent à l’IRAEC, le vendredi, et s’adressent aux personnes ayant l’expérience de l’accueil Parents-Enfants (psychologues, éducateurs, puéricultrices, assistantes sociales, médecins…).

Formation à l’accueil Parents-Enfants (FAPE)

Formation annuelle

Réflexion et élaboration sur la spécificité de l’accueil conjoint Parents-Enfants 8 vendredis par an.

Thèmes de travail, conditions d’inscription et coût de la formation sur demande au 01 42 28 42 85 ou par mail à iraec@wanadoo.fr.

Formation élaborée à la demande d’une équipe

Appeler au 01 42 28 42 85 ou écrire à iraec@wanadoo.fr.
Prise en charge par la Formation Permanente

Supervision d’équipes et groupes de parole à la demande

Appeler au 01 42 28 42 85 ou écrire à iraec@wanadoo.fr.

Missions/transmissions

  • Lien avec l’université et les associations de psychanalystes : accueil de stagiaires.
  • Organisations de colloques et journées d’études.

Rôle et éléments clés d’une formation à la pratique de l’accueil
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Nous assistons aujourd’hui à une prolifération sans précédent de lieux dits « d’accueil Parents – Enfants », LAEP, sur tout le territoire national. Il y a actuellement entre 1200 et 1400 lieux, ou temps d’accueil, la différence entre les deux étant que le temps d’accueil se déroule dans les mêmes locaux, et le plus souvent avec le même personnel, que d’autres activités de soin, de médiation ou de prévention (PMI, crèche, centre multi-accueils, ludothèques, etc.).

Nous ne faisons ici qu’évoquer ce débat autour de la pertinence et de l’utilité de cette création exponentielle de lieux d’accueil, justifiée sans doute en partie par une demande accrue de la part des usagers ainsi que par une nouvelle politique de la petite enfance et de la protection de la famille. Il nous semble pourtant que, face à ce phénomène qui existe et que nous ne remettons pas en question, notre réponse ne peut être qu’une invitation formelle, impérative même, de formation à la pratique de l’accueil de tous ceux qui s’aventurent dans cette expérience.

1. L’enjeu de la pratique de l’accueil parents-enfants

Nous sommes témoins ces dernières années, au fur et à mesure de l’apparition de ces nouveaux lieux d’accueil, d’une insuffisance dans la manière dont les (futurs) accueillants s’exposent à cette pratique complexe, imprévisible et parfois inquiétante, contrairement aux apparences. Car, ce qui se trouve au centre de cette pratique, et qui en constitue ainsi l’enjeu, c’est l’accueil de la demande des personnes qui viennent chez nous. Et cette demande a un objet qui ne s’attrape ni par l’empathie, ni par la bienveillance, ni par un savoir déjà-là, déjà constitué. Le lien parents-enfants, qui est au cœur de notre accueil, se décline et s’élabore autrement ici, en fonction du lien transférentiel, affectif et psychique, qui se noue entre accueillis et accueillants. C’est à l’intérieur de ce lien, à inventer et à éclairer, que la demande des premiers est reçue et restituée par les derniers.

Il s’avère que bien trop souvent les (futurs) accueillants, ceux à qui on impose parfois d’assurer l’accueil, mais même ceux qui le font volontiers, se retrouvent démunis et sans réponse qui tienne compte du contexte précis de l’accueil. Car ils ne savent pas qu’ils sont amenés à accueillir précisément une demande qui contient un versant inconnu, surprenant, voire angoissant, versant qui surgit dès que la demande se formule, c’est-à-dire dès que la parole se met à circuler entre les accueillis et les accueillants.

En effet, l’accueil est une affaire non seulement de parole, mais de manière de concevoir et de manier la fonction et les effets de la parole. Ce que nous découvrons rapidement durant l’accueil, c’est que la parole a un impact imprévu : que ce soit la parole de l’adulte, de l’enfant, ou même du nourrisson, qui est une parole sans grammaire au tout début, mais pas moins orientée, pas moins adressée. Cet impact de la parole dépasse de beaucoup la fonction que cette même parole peut jouer dans des contextes autres que l’accueil : à la maison, sur les lieux de travail des professionnels qui pratiquent l’accueil, en société, à l’école, à la crèche…

2. La dimension du désir impliquée dans la fonction de la parole

Il est ainsi question, dès le premier « bonjour » qu’on s’adresse entre accueillants et accueillis, d’une dimension de la parole qui ne s’inscrit pas dans le champ de l’éducatif, de l’apprentissage, du performatif ou d’un savoir constitué, comme l’est le savoir professionnel. Cette dimension est celle du désir qui est à la fois au-delà et en deçà de la demande implicite ou explicite des accueillis. Elle est portée par la demande mais inscrite en creux dans celle-ci. La demande est donc à recueillir par quelqu’un, ici l’accueillant, qui ne se laisse pas emporter par son urgence, ni par sa charge affective ou de jouissance.

Il s’agit donc de ce savoir-faire, non encore constitué, avec la parole qui n’est pas appris ou communiqué à partir des manuels ou d’un savoir docte. Il n’est pas non plus ce que l’on appelle « l’intuition » ou « le feeling », trompeurs la plupart du temps – contrairement à ce que qui se dit couramment. C’est précisément ce savoir-faire avec la parole, référé également à l’écoute, qui est au centre de la formation d’un (futur) accueillant.

Nous pouvons évoquer ce savoir-faire en référence à la psychanalyse, où il a été pour la première fois formalisé et mis au travail, sous le nom de transfert ou lien transférentiel. Par transfert, nous entendons la création d’un lien particulier entre sujets (de tous âges) à partir des affects que notre présence suscite chez notre interlocuteur. Mais nous signifions surtout que l’interlocuteur qui vient vers nous avec sa demande (l’accueilli), nous constitue comme détenteur d’un savoir par rapport à sa question, sa problématique. Ce savoir qu’il nous suppose est d’une toute autre nature que ce que nous avons appelé le savoir constitué. C’est un savoir qui n’existe, concrètement, que dans l’inconscient de l’accueilli et qui ne nous concerne que parce que nous occupons (en tant qu’accueillant) cette place d’adresse de sa question, de sa demande.

D’où la nécessaire familiarisation, et non pas spécialisation, de celui qui accueille une demande avec ce fonctionnement du lien transférentiel, mais aussi avec ses écueils et ses pièges. Car les affects qui donnent la charge émotive du lien (qui s’est établi à partir de la demande) peuvent très facilement confondre l’accueillant qui les reçoit, le submerger dans son vécu propre, ce qui risque de le précipiter vers une action réparatrice ou « empathique » ou vers un empêchement quant à toute possible intervention. L’angoisse, qui se pointe dans la demande, comme signe du désir tacite de l’accueilli, risque de mettre l’accueillant dans une position inconfortable, voir figée.

C’est ce que nous entendons le plus souvent dans les formations que nous assurons auprès des équipes ou des personnes qui nous sollicitent dans ce sens. A savoir la difficulté de séparer et de traiter d’une manière distincte les représentations de l’accueillant, qui tournent autour de la demande, et les affects de l’accueilli, renvoyés massivement vers l’accueillant. Il n’y a qu’une manière saine de se sortir de cette difficulté majeure : la construction d’une position réaliste et concrète quant à ce qui se trame à l’accueil.

Il s’agit ainsi de bien saisir quel est le rôle et la fonction qu’on attend de nous, accueillant, rôle et fonction qui nous sont, pour ainsi dire, assignés par l’accueilli. Comprendre le sens de ce mouvement transférentiel, où c’est l’accueilli, par sa demande, qui fait de nous un accueillant de cette même demande, est indispensable. Cela si l’on ne souhaite pas subir, comme accueillant, le retour, vécu comme disproportionné, du quantum affectif des demandes. C’est de ce retour difficile à supporter que viennent nous parler des accueillants désemparés, lorsqu’ils n’ont pas pu suffisamment aborder ces questions dans leurs reprises ou leurs supervisions.

L’essence, l’enjeu de la pratique de l’accueil parents-enfants, est donc une question non pas d’apprentissage, de formatage, de savoir établi selon des normes (que ce soit des normes d’un savoir professionnel, d’un savoir académique, d’un savoir statistique, d’un savoir économique ou politique). C’est une question de transmission d’un savoir-faire synonyme d’une construction de la position d’accueillant, position éclairée quant aux types de lien qui sont en jeu dans notre accueil.

3. Du lien parent-enfant au lien social par le lien transférentiel

Si l’objet de notre pratique de l’accueil est le lien parent-enfant, ou adulte-enfant, c’est parce que c’est ce lien qui introduit le nouveau-né dans le monde, l’humanise et le prépare à la rencontre avec l’altérité : d’abord l’altérité des objets distincts de lui-même et ensuite celle de l’autre comme semblable, rival et compagnon à la fois.

La mère, ou son substitut, est celle qui tisse ce lien et lui donne consistance, avec le père, ou son substitut, en position décalée par rapport à cette première dépendance de l’enfant à sa mère. C’est le désir de la mère, relayé par ceux qui entourent l’enfant, qui propulse le tout-petit dans un environnement à la fois hostile et enveloppant. C’est là où l’enfant est appelé à reconnaître le désir maternel, à le moduler jusqu’à ce que son propre désir, signe de son humanisation, commence à se constituer.

Sortir du giron de la mère, se « séparer » comme on dit, signifie ainsi pour l’enfant rencontrer les autres, enfants et adultes, dans un contexte déjà préparé par le lien entre les parents. Cela signifie aussi construire un nouveau contexte, qui ne soit plus seulement ce lien familial, mais sa prolongation en lien social. C’est dans ce nouveau contexte, lieu des bonnes et moins bonnes rencontres, que l’enfant découvre et invente pour lui un type singulier de faire lien social.

Notre accueil est une ressource vivante pour ceux qui nous demandent d’accueillir leur lien de parent à l’enfant pour l’inscrire dans la dimension du lien social. Nous ne sommes pas les seuls interlocuteurs des parents et des enfants qui œuvrons à l’inscription du lien familial dans le lien social. Ce qui distingue néanmoins notre pratique d’autres types d’accueil est l’attention que nous prêtons aux vecteurs, aux outils qui permettent cette transition du familial vers le social, et qui sont les pulsions d’un côté et les affects de l’autre côté.

C’est en effet la familiarisation avec la psychanalyse qui permet aux accueillants d’être non seulement sensibles aux motions pulsionnelles et affectives des accueillis, mais d’être avertis quant à leur propre sensibilité. De prendre en compte leur propre perméabilité à ce qui fait qu’ils s’imprègnent de l’angoisse, ou de l’empathie des autres, de leurs humeurs et caprices, et cela jusqu’à en pâtir. Ces effets du lien transférentiel sur les accueillants eux-mêmes sont souvent à l’origine des conflits qui peuvent arriver, non pas tellement avec les accueillis, mais surtout entre les membres d’une même équipe d’accueillants.

4. Une formation qui permet un savoir-faire à l’intérieur du lien transférentiel

Notre formation à l’accueil parents-enfants n’est pas une formation à la psychanalyse. C’est une formation qui, venant de la psychanalyse, introduit à un savoir-faire avec les accueillis à l’intérieur du lien transférentiel. Ce lien, ce sont les accueillis qui le créent et l’alimentent durant l’accueil. Sa prise en compte, en raison, peut éclairer le type d’intervention de l’accueillant : celle-ci ne doit être ni du côté de l’interventionnisme, ni du côté de l’observation, nocives tous les deux dans les lieux d’accueil, car suivis le plus souvent par des mauvaises surprises et des moments de doute chez l’accueillant. Nous n’assaillons pas et n’observons pas passivement nos accueillis quand nous faisons l’accueil. Nous les incitons plutôt à venir nous chercher sur le terrain qui leur permettra de passer d’un lien à un autre, de celui familial à celui social, de telle sorte que l’enjeu ne soit pas un étouffement des pulsions et des affects, mais leur traitement par le langage, par la parole. C’est le seul moyen efficace de rendre ces affects et ces motions moins aveugles et de leur donner ainsi une nouvelle efficacité. Il ne s’agit pas de pousser à plus d’affects et de pulsions débridées, mais de faire entendre le manque à partir de ce qui est d’abord un cri, puis un appel, une demande jusqu’au non-dit du désir.

5. En résumé

Dans ce sens, une formation à la pratique de l’accueil Parents – Enfants pourrait se décliner selon les coordonnées suivantes :

• L’importance accordée à la dimension de la parole, et par conséquent de l’écoute, dans tout son champ de production de sens, mais aussi d’affect et de jouissance.
• La mise de côté, en réserve, de tout savoir préformé, y compris professionnel, et l’installation dans un non-savoir qui permet une meilleure disponibilité et une plus grande ouverture à la demande des accueillis.
• Une présence active, ni d’intervention permanente, ni de simple observation, mais de liberté dans le choix de l’acte, ce qui implique une responsabilité permanente par rapport à tout ce qui se passe à l’accueil.
• Une souplesse psychique et la capacité à la fois d’entretenir le lien transférentiel et de le moduler, de le diminuer, avant que celui-ci mette l’accueillant dans une position en miroir avec l’accueilli.
• La construction permanente de la posture d’accueillant, en fonction des personnes accueillies, de leur demande, pour garder une fraîcheur de cette pratique, pour les accueillants et les accueillis.
• Une transmission et une communication à la fois légères et consistantes entre les collègues accueillants, une confiance mutuelle toujours à renouveler.